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SAINT
SEIYA
FIGURINES
CRÉATION
DOSSIERS
COMMUNAUTÉ
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Chapitre
5
LE CHANT DES ENFERS
La
septième Armure avait à peine disparue du champ
de vision des Dieux – pourtant plus large que celui des mortels
– que l'urne du Cancer s'auréola de la lumière
dorée familière. Un doux chant monotone se fit
entendre, emplissant la salle. Il évoquait le murmure
des Ombres qui descendaient vers l'Hadès, le séjour
des Morts...
Quelque
peu étonnés, les Dieux regardaient la boîte
d'or du Cancer, comme une bête curieuse : à l'évidence,
ce chant semblait un peu déplacé dans l'Olympe,
lieu de Lumière par excellence. Cette mélopée
donnait surtout l'impression aux divinités, que le Maître
des Enfers, Hadès, se trouvait quelque part dans la salle,
tâpi dans un coin, à l'abri du regard des autres
grâce à son casque magique qui, lorsqu'il s'en
coiffait, avait le pouvoir de le rendre invisible...
Seul
Thanatos semblait apprécier ce chant : la tête
légèrement penché en arrière, les
yeux clos, le visage détendu, il écoutait cette
mélodie, se laissant imprégner par elle, tel un
enfant à qui l'on chante une berceuse pour qu'il s'endorme
paisiblement.
Finalement,
Athéna se dirigea vers l'urne du Cancer et répéta
la même opération comme les fois précédentes.
Le chant s'arrêta aussitôt, tirant Thanatos de sa
torpeur. Le couvercle se rabattit comme de coutume, puis une
sorte de brume blanchâtre, s'échappa de l'urne,
se déversant sur le sol, puis s'élevant pour flotter
au-dessus de la salle. Elle semblait danser, comme animée
d'une énergie propre, elle tourbillonait dans les airs
formant une sorte de ballet hypnotique. Mais ce qui était
saisissant, c'est que l'on pouvait apercevoir dans ce brouillard,
des formes humaines pâles, floues et transparentes, faisant
penser à des fantômes. Leurs visages changeaient
constamment d'expression : ils passaient de la sérénité
à la tristesse, en passant par la joie, la colère,
la haine ou la peur...
Finalement,
cette brume se concentra au-dessus de l'urne et se mit à
former l'image d'un crabe blanc de proportions gigantesques.
Puis la forme devint floue, puis finit par disparaître
dans le néant. Et l'Armure d'Or du Cancer apparut.
Elle
était impressionnante avec sa grosse carapace dorée
aux extrémités tranchantes et avec ses énormes
pinces, coupantes comme des lames de rasoir. Quelque chose de
menaçant, de dangereux et – curieusement – d'attirant
émanait d'elle, ceci n'étant pas seulement du
à son apparence mais à son aura, qui était
d'une puissance redoutable : le Cancer semblait cacher en son
sein un lac aux eaux troubles, un fleuve souterrain au courant
impétueux, un puits de ténèbres à
la force d'attraction irrésistible, capable d'attirer
l'être et de le submerger, de l'entraîner vers les
mondes chtoniens (1), au seuil des Enfers eux-mêmes...
Puis
brusquement, l'Armure bougea légèrement une des
ses pinces, puis l'autre et bientôt son corps massif se
mit en branle, tel un automate. Il commença à
se déplacer, comme un crabe, c'est à dire de biais.
Sa démarche était lente et pesante, rien de comparable
avec les gracieuses foulées du Bélier !
Finalement,
au bout de quelques mètres elle s'arrêta devant
Hermès et s'immobilisa. Les Dieux étaient un peu
étonnés du choix de l'Armure, car si elle avait
jeté son dévolu sur Thanatos, personne n'aurait
été surpris, et aurait même trouvé
cela normal, tant les natures du Cancer et du Dieu de la Mort
concordaient parfaitement . Mais non ! C'était le Dieu
au visage d'éternel adolescent qui avait été
« élu » !
Pour
un coup de théatre, c'en était un !
Hermès,
pour sa part, était très embarrassé. Lui
qui avait toujours une idée derrière la tête,
qui était toujours dégourdi, qui savait se dépatouiller
de n'importe quelle situation, se trouvait, chose extraordinaire,
pris de court. Comme les autres, il avait naïvement pensé
que le Cancer reviendrait à Thanatos, que ce dernier
donnerait au Crabe d'Or son Essence, et puis on passait à
l'Armure suivante !
Que
nenni ! C'était lui, et pas un autre qu'elle avait choisi
! « Que peut-elle bien attendre de moi ?! »
se dit-il.
Il
était intimidé, non seulement par le Cancer, mais
par les regards des autres Dieux braqués sur lui, et
qui l'observaient en silence. Hermès tourna la tête
de gauche à droite, cherchant une aide quelconque, mais
il ne vit que des visages fermés, perplexes, voire même
amusés... Thanatos avait l'air aussi désappointé
que lui, et quand Hermès le dévisagea, ce dernier
haussa les épaules en signe d'incompréhension,
semblant lui dire : « Ce n'est pas ma faute ! ».
Le
Messager des Dieux, d'ordinaire si loquace restait muet, les
bras ballants. Il était pareil à un jeune acteur
de théatre, jouant sa première représentation,
et qui, une fois sur scène, s'apercevait qu'il avait
complètement oublié son texte à cause du
trac, sous l'oeil impatient du public... Hermès secoua
la tête : « Allons ! Faisons marcher notre cervelle
! Ne faisons pas attendre les autres ! Si l'Armure m'a choisi,
c'est bien pour une raison précise ! ». Le menton
sous la main, son Caducée au creux de l'épaule,
Hermès réfléchissait...
Zeus,
quant à lui observait son fils, l'air mi-inquiet, mi-amusé.
« Qu'est-ce qu'il va encore inventer ?! » pensa-t-il.
Il avait confiance en son ingéniosité, c'était
un malin, il l'avait prouvé à plusieurs reprises,
sans se démonter. L'épreuve du Cancer était
un défi, mais il saurait le relever. Toutefois, Zeus
devait admettre qu'Hermès n'avait pas toujours utilisé
ses talents à des fins utiles : à peine né,
il avait subtilisé le troupeau d'Apollon, au grand dam
de ce dernier. Pour se faire pardonner, le benjamin de l'Olympe
lui donna la première lyre – qu'il avait lui même
inventée - que le Dieu des Arts accepta avec joie.
Au
départ, le Maître de l'Olympe avait bien ri grâce
à ce gamin : il avait volé divers objets aux autres
Dieux, ces derniers étaient en colère et n'arrêtaient
pas de se plaindre à Zeus qui leur rétorquait
: « Il faut bien que jeunesse se passe ! ». Il avait
moins ri quand Hermès lui avait dérobé
la Foudre ! Là, il se fâcha tout rouge ! Néanmoins,
son courroux fut de courte durée quand il s'aperçut
que son rejeton s'était brûlé les doigts
avec son attribut divin ! Par la suite, il décida de
l'occuper de façon plus constructive en faisant de lui
le Messager des Dieux.
La
situation actuelle lui rappellait un épisode similaire
: quand les Dieux façonnèrent Pandore – la première
Femme – chaque Olympien dut lui donner un attribut. Hermès
offrit le mensonge et la fourberie ! Zeus avait donc des raisons
d'être inquiet...
Hermès
se leva, un sourire satisfait aux lèvres : il avait une
idée ! En ce moment même, il avait l'air d'un galopin
s'apprêtant à faire une bonne farce, d'un voleur
sur le point de commettre un larcin ou d'un marchand se préparant
à pigeonner un client. Le Maître de l'Olympe et
son épouse se regardèrent, paniqués : un
désastre allait se dérouler sous leurs yeux !
Athéna était tendue. Les Dieux retenaient leur
souffle...
L'éphèbe
divin s'approcha du Cancer d'Or, le toucha avec son Caducée
et prononça d'une voix mélodieuse :
«
Moi, Hermès, fils de Zeus et de la Nymphe Maïa,
Dieu du Commerce et des Voleurs (2), Messager des Dieux, moi
qui conduit les âmes des défunts vers le séjour
des Morts (3), te donne à toi, Cancer Céleste,
le pouvoir d'arracher du corps de tes ennemis leurs âmes
et de les amener de force, en-deçà du Fleuve des
Enfers. Tu auras même la possibilité de t'y rendre
physiquement, à volonté. Tu serviras d'intermédiaire
entre le Monde des Vivants et celui des Morts. Aide les défunts
qui n'ont pas reçu de sépulture, car il n'existe
pas de pire sort pour une âme que d'errer sans fin devant
les rivages de l'Achéron. N'utilise pas cette puissance
pour meurtrir les faibles et les innocents, car un châtiment
bien douloureux t'attendrait dans l'au-delà si jamais
tu abusais de ce pouvoir ! Va maintenant ! »
Dans
le Ciel, les Etoiles formant la Constellation du Cancer s'illuminèrent.
Le
Crabe d'Or se baissa légèrement puis d'un bond
prodigieux se propulsa vers la Terre, laisant dans son sillage
une trainée blanche, pareille à la Voie Lactée.
Les
Dieux, Zeus en premier, regardèrent Hermès avec
admiration. « Sale gosse ! Tu pourras te vanter de nous
avoir fait peur !» murmura en souriant le Maître
de l'Olympe.
(1)
Mondes infernaux ou souterrains
(2) Ce qui était à peu près la même
chose à cette époque (et même encore maintenant
!)
(3) C'est ce que l'on appelle une divinité Psychopompe
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